Société thaïlandaise, DTV ou LLC américaine : quelle structure légale ?

Table des matières

Vous souhaitez exercer une activité professionnelle en Thaïlande, que ce soit en montant un business local ou en pilotant une activité en ligne depuis Bangkok ou Chiang Mai. Vous avez fait des recherches, et trois grandes options reviennent systématiquement : créer une société thaïlandaise, utiliser le visa DTV en mode workcation, ou passer par une LLC américaine. Chacune semble avoir ses partisans, ses avantages affichés, et ses détracteurs.

Le problème, c’est que ces trois structures ne répondent pas aux mêmes situations, n’offrent pas les mêmes droits, et n’exposent pas aux mêmes risques. Les confondre — ou choisir l’une d’elles sur la base d’arguments commerciaux plutôt que juridiques — peut avoir des conséquences sérieuses : travail illégal, redressement fiscal, annulation de visa, voire interdiction de territoire.

Cet article présente les trois options de manière factuelle, en exposant ce que chacune permet réellement, ce qu’elle ne couvre pas, et dans quel contexte elle a du sens. L’objectif n’est pas de vendre une solution, mais de vous donner les éléments pour prendre une décision éclairée — ou pour poser les bonnes questions à un professionnel.

Les trois situations que l’on confond souvent

Avant d’entrer dans le détail de chaque structure, il est utile de distinguer trois profils très différents qui se retrouvent souvent dans la même discussion :

Le porteur de projet local veut ouvrir un restaurant, une agence, un commerce, une école ou toute autre activité avec une présence physique en Thaïlande, des clients thaïlandais ou étrangers sur place, des employés, un bail commercial. Son business existe sur le territoire. La question de la structure juridique locale est centrale.

L’entrepreneur à activité en ligne a déjà des clients à l’étranger — consulting, coaching, e-commerce, contenu, services numériques — et veut piloter tout ça depuis la Thaïlande. Son activité ne se passe pas en Thaïlande, mais il y réside. La question de la structure est différente, mais celle de son statut légal sur le territoire reste entière.

Le salarié en télétravail international travaille pour une entreprise étrangère qui le rémunère à l’étranger. Il veut simplement résider en Thaïlande et continuer à exercer ses fonctions à distance. Son cas est distinct des deux précédents.

Ces trois situations appellent des réponses différentes. Or, on leur propose souvent les mêmes solutions standardisées. C’est là que les erreurs commencent.

Option 1 : la société thaïlandaise (Co., Ltd.)

Ce que c’est concrètement

La société à responsabilité limitée thaïlandaise, désignée Co., Ltd., est la structure commerciale la plus courante pour les entrepreneurs étrangers souhaitant exercer une activité en Thaïlande. Elle est régie par le Code civil et commercial thaïlandais.

Depuis l’amendement du 7 février 2023, le nombre minimum d’actionnaires est passé de trois à deux. En pratique, pour un étranger qui ne bénéficie pas d’un statut particulier (BOI, Treaty of Amity), la structure classique est la suivante : vous détenez 49 % du capital, un partenaire thaïlandais en détient 51 %. Au-delà de 49 %, la société est juridiquement considérée comme étrangère et tombe sous les restrictions de la Foreign Business Act.

Depuis le 1er janvier 2026, toutes les immatriculations de sociétés se font exclusivement via la plateforme numérique DBD Biz Regist du Département du Développement des Affaires. Les dépôts papier appartiennent au passé. Il est désormais possible de constituer une société à distance, sans être physiquement présent en Thaïlande.

Le capital et le Work Permit

Il n’existe pas de capital minimum légal élevé pour une Co., Ltd. à majorité thaïlandaise. Cependant, si vous souhaitez obtenir un Work Permit en tant qu’employé ou directeur de votre propre société, le ministère du Travail exige en pratique 2 millions de baht de capital enregistré par salarié étranger. Ce montant descend à 1 million de baht si l’étranger est marié à un ressortissant thaïlandais.

Le capital déclaré peut, jusqu’à 5 millions de baht, être enregistré sans dépôt bancaire immédiat. Au-delà de ce seuil, une preuve de versement est exigée par le DBD.

Pour employer un étranger légalement, la société doit également maintenir un ratio de quatre employés thaïlandais pour un salarié étranger, être enregistrée auprès des autorités fiscales et de la sécurité sociale, et présenter des déclarations à jour.

Ce que ça donne comme droits réels

C’est la seule structure qui vous permet d’obtenir un Work Permit en Thaïlande, et donc de travailler légalement sur le territoire en tant que directeur ou employé de votre propre affaire. Sans Work Permit valide, toute activité professionnelle exercée sur le sol thaïlandais — y compris dans votre propre entreprise — est considérée comme du travail illégal au regard de la loi thaïlandaise. Ce point est souvent sous-estimé.

Le Work Permit est associé à un visa Non-Immigrant B, généralement renouvelable annuellement. Il précise l’employeur, le poste et le lieu d’exercice. Exercer en dehors du périmètre défini constitue une infraction.

Les contraintes réelles

La Co., Ltd. implique des obligations comptables continues : tenue de livres, bilan annuel, assemblée générale, dépôt auprès du Revenue Department et du DBD. Un auditeur externe est obligatoire. Ces coûts de maintenance sont souvent sous-évalués avant la création.

La dépendance à l’actionnaire thaïlandais est un facteur de risque que beaucoup découvrent trop tard. Si la relation se détériore, le partenaire majoritaire peut bloquer des décisions ou, dans les cas extrêmes, poser des problèmes de gouvernance sérieux. Il est indispensable de choisir un partenaire de confiance et de formaliser les arrangements par des accords internes.

Le durcissement sur les nominees

Pendant des années, certains entrepreneurs étrangers ont contourné la règle des 51 % thaïlandais en recourant à des actionnaires fictifs — des ressortissants thaïlandais qui détenaient les parts sur le papier sans avoir réellement investi. Cette pratique, connue sous le nom de nominee shareholding, est explicitement illégale en vertu de la Foreign Business Act.

Les autorités thaïlandaises ont considérablement renforcé leur application de cette règle depuis 2024. Le DBD croise désormais les données d’immatriculation avec les flux de capitaux et les arrangements de droits de vote pour identifier les structures où l’actionnaire thaïlandais n’est qu’un prête-nom. Les sanctions sont lourdes : dissolution de la société, poursuites pénales contre les deux parties, et risque d’expulsion pour l’étranger concerné. Ceux qui ont tablé sur la tolérance passée des autorités ont eu un réveil difficile. La zone d’ombre a été fermée.

Quand la Co., Ltd. a du sens

La société thaïlandaise classique est pertinente lorsque votre activité existe réellement en Thaïlande : clients locaux, local commercial, employés sur place, licences spécifiques. C’est le seul cadre qui vous donne une légitimité opérationnelle complète sur le territoire. Pour les projets locaux sérieux, c’est un passage obligé, pas une option parmi d’autres.

Pour une activité exclusivement en ligne avec des clients étrangers, elle peut s’avérer surdimensionnée et inutilement coûteuse — à moins que vous n’ayez des raisons spécifiques de vouloir une entité thaïlandaise (compte bancaire entreprise local, crédibilité institutionnelle, embauche de personnel thaïlandais).

Option 2 : le visa DTV en mode workcation

Ce que c’est officiellement

Le Destination Thailand Visa, lancé en juillet 2024 par le ministère thaïlandais des Affaires étrangères, est un visa touristique longue durée conçu pour les travailleurs à distance, freelances et nomades numériques. Il est valable 5 ans avec entrées multiples, et autorise des séjours de 180 jours par entrée, extensibles une fois pour 180 jours supplémentaires à un bureau d’immigration local (frais : 1 900 baht), soit jusqu’à 360 jours de séjour continu par entrée.

Les conditions d’obtention incluent un minimum de 500 000 baht d’épargne sur les trois derniers mois de relevés bancaires, une preuve d’activité professionnelle à distance (contrat de travail, portfolio, contrats clients), et le paiement de 10 000 baht de frais de dossier. La demande doit impérativement être déposée depuis l’extérieur de la Thaïlande, auprès d’une ambassade ou via le portail thaievisa.go.th.

Ce que le DTV autorise — et ce qu’il n’autorise pas

Le DTV n’inclut pas de Work Permit. Il n’autorise pas à travailler pour des employeurs ou des clients thaïlandais, ni à exercer une activité économique sur le territoire thaïlandais. Ce qu’il autorise, c’est de résider légalement en Thaïlande tout en continuant à travailler à distance pour des entreprises ou clients situés à l’étranger.

La nuance est importante. Le DTV a officiellement reconnu une réalité que les autorités toléraient officieusement depuis des années — les travailleurs à distance sur visa touristique — et lui a donné un cadre légal. Mais ce cadre reste conditionné à une absence totale d’activité économique locale.

Dès lors que vous avez un client thaïlandais, que vous managez des employés locaux, que vous signez des contrats en Thaïlande pour des prestations effectuées en Thaïlande, ou que votre activité génère un chiffre d’affaires rattachable au territoire thaïlandais, vous sortez du périmètre du DTV et entrez dans celui du travail illégal.

Les dérives commerciales à identifier

Depuis le lancement du DTV, un certain nombre de prestataires proposent ce visa comme solution pour « travailler en Thaïlande » — une formulation qui entretient délibérément la confusion entre résider en Thaïlande tout en travaillant pour l’étranger, et exercer une activité professionnelle sur le territoire thaïlandais. Ces deux situations n’ont pas le même statut légal.

Lorsqu’un prestataire vous vend une « solution DTV pour lancer votre business en Thaïlande », posez la question simple : ce business aura-t-il des clients, des employés ou une activité économique en Thaïlande ? Si la réponse est oui, le DTV ne couvre pas votre situation. Le prestataire encaisse, vous assumez le risque juridique.

Les nouvelles règles d’entrée depuis novembre 2025

Les autorités thaïlandaises ont annoncé en novembre 2025 que les personnes effectuant plus de deux visa runs par an peuvent désormais se voir refuser l’entrée sur le territoire. Les agents de l’immigration vérifient activement les historiques de voyage. Pour ceux qui résidaient en Thaïlande sur visa touristique en enchaînant les sorties de territoire, la situation a changé. Le DTV reste la réponse structurelle à ce problème, à condition de remplir les critères et de respecter ses limites.

La fiscalité : le point que personne ne mentionne

Si vous séjournez 180 jours ou plus en Thaïlande au cours d’une année civile, vous devenez résident fiscal thaïlandais au sens de l’article 41 du Revenue Code. Depuis le 1er janvier 2024, la règle a changé de manière significative : tout revenu étranger rapatrié en Thaïlande est potentiellement imposable, quelle que soit l’année au cours de laquelle il a été gagné. La possibilité de différer le rapatriement des revenus d’une année sur l’autre pour éviter l’impôt a été fermée par l’instruction départementale Por. 161/2566.

En pratique, si vous transférez votre revenu sur un compte thaïlandais — y compris via un retrait au distributeur avec une carte étrangère — et que vous êtes résident fiscal, ce revenu entre dans votre base imposable thaïlandaise selon un barème progressif allant de 5 à 35 %. La Thaïlande a des conventions fiscales avec plus de 60 pays, dont la France et la Belgique, ce qui peut limiter la double imposition, mais l’application de ces conventions requiert une analyse au cas par cas.

En juin 2025, le Revenue Department a proposé une fenêtre d’exemption de deux ans pour les revenus étrangers gagnés depuis 2024 et rapatriés en Thaïlande. Tant que cette proposition n’est pas publiée dans la Royal Gazette et n’a pas force de loi, il serait imprudent de s’y appuyer comme certitude dans votre planification.

Quand le DTV a du sens

Le DTV est une solution sérieuse et bien conçue pour le profil qu’il cible : le travailleur à distance dont l’activité, les clients et les revenus sont entièrement étrangers à la Thaïlande, et qui souhaite y résider sans avoir à gérer des visa runs répétés. Dans ce périmètre strict, c’est probablement le meilleur outil disponible en Asie du Sud-Est pour ce profil.

Il n’est pas adapté pour lancer un business local, gérer des clients thaïlandais, ou servir de paravent à une activité professionnelle exercée de fait sur le territoire.

Option 3 : la LLC américaine (New Mexico, Wyoming, Delaware…)

Ce qu’on vous vend

La LLC — Limited Liability Company — est une structure juridique américaine populaire pour sa simplicité de création et sa fiscalité transparente (les bénéfices remontent directement chez l’associé sans être imposés au niveau de la société, à condition qu’il n’y ait pas d’activité sur le sol américain). Certains États comme le New Mexico, le Wyoming ou le Delaware sont particulièrement prisés pour leur absence de taxes d’État et la légèreté de leurs obligations déclaratives.

L’argument commercial qui vous est présenté est généralement le suivant : en créant une LLC aux États-Unis, vous facturez vos clients via cette entité étrangère. Vous « travaillez pour votre société américaine » depuis la Thaïlande. Vous n’avez donc pas besoin de créer une société thaïlandaise ni d’obtenir un Work Permit.

Cet argumentaire est juridiquement inexact sur plusieurs points fondamentaux.

Ce que la LLC règle — et uniquement ça

La LLC règle la domiciliation juridique de votre entité commerciale. Elle vous donne une structure pour facturer, ouvrir un compte bancaire américain, et bénéficier d’une certaine protection de responsabilité limitée. C’est tout.

Elle ne change rien à votre situation au regard du droit thaïlandais. Le droit thaïlandais du travail s’intéresse à où vous exercez physiquement votre activité professionnelle, pas à l’adresse du siège social de votre entité. Si vous travaillez depuis la Thaïlande — que ce soit pour une LLC du New Mexico, une SARL française ou une société de Hong Kong — vous exercez une activité professionnelle sur le sol thaïlandais. Le Work Permit Act s’applique.

Le Work Permit : une obligation qui ne dépend pas de la nationalité de votre entité

En Thaïlande, l’obligation de Work Permit est liée à l’exercice d’une activité professionnelle sur le territoire, quelle que soit la structure juridique qui vous emploie ou pour laquelle vous travaillez. Pour obtenir un Work Permit, le sponsor doit être une société enregistrée en Thaïlande. Une LLC américaine ne peut pas sponsoriser un Work Permit thaïlandais.

Travailler sans Work Permit valide est une infraction pénale en Thaïlande, passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 baht et d’une peine d’emprisonnement pouvant atteindre cinq ans, ainsi que d’une expulsion et d’un blacklisting. Ces sanctions s’appliquent à l’individu, pas à la société.

La fiscalité thaïlandaise ne s’efface pas non plus

Comme évoqué dans la section sur le DTV, si vous résidez plus de 180 jours par an en Thaïlande, vous êtes résident fiscal thaïlandais. Les revenus que vous rapatriez en Thaïlande — y compris les distributions de votre LLC américaine transférées sur votre compte thaïlandais — sont potentiellement imposables en Thaïlande depuis janvier 2024.

Par ailleurs, depuis l’entrée en vigueur du Common Reporting Standard (CRS), plus de 120 juridictions échangent automatiquement des informations sur les comptes financiers de leurs résidents avec les autorités fiscales des autres pays signataires. L’idée qu’une LLC dans un État américain peu regardant vous rendrait invisible au plan fiscal international est une fiction qui ne résiste pas à l’analyse.

Le modèle économique de ceux qui vendent cette solution

La création d’une LLC dans certains États américains coûte quelques centaines de dollars, plus des frais annuels de maintenance et d’agent enregistré. Les prestataires qui vous proposent ce montage facturent leur conseil, la mise en place, et souvent un accompagnement annuel. Le risque juridique — travail illégal en Thaïlande, exposition fiscale — reste entièrement à votre charge.

Ce déséquilibre entre ce que le prestataire encaisse et ce que le client assume mérite d’être clairement identifié avant de signer quoi que ce soit.

Dans quel cas la LLC peut avoir un intérêt légitime

La LLC américaine peut avoir une utilité réelle dans des configurations spécifiques : si vous avez des clients américains qui préfèrent payer une entité américaine, si vous avez besoin d’un compte bancaire américain pour des raisons opérationnelles, ou si vous êtes résident fiscal dans un pays tiers (pas la Thaïlande) et que la LLC s’intègre dans une planification fiscale cohérente validée par un avocat fiscaliste compétent dans les deux juridictions.

Mais dans ces cas, la LLC est un outil complémentaire, pas une solution de remplacement à la question de votre statut légal en Thaïlande.

Tableau comparatif des trois structures

CritèreCo., Ltd. thaïlandaiseVisa DTV workcationLLC américaine
Work Permit possibleOui — c’est la seule voieNonNon
Clients thaïlandais autorisésOuiNonNon (travail illégal en Thaïlande)
Clients étrangers uniquementOuiOui — dans ce cas uniquementOui — mais statut en Thaïlande non réglé
Activité locale (local, employés)OuiNonNon
Visa associéNon-Immigrant B + WPDTV (5 ans, 180j/entrée)Aucun — question non résolue
Capital minimum pratique2 M THB (si WP)500 000 THB d’épargneQuelques centaines de dollars
Obligations comptables en ThaïlandeOui — complètesNon (si non résident fiscal)Non — mais risque fiscal réel si résident
Fiscalité thaïlandaiseIS 20%, charges socialesIR si 180j+ et rapatriementIR si 180j+ et rapatriement
Nominees possiblesNon — illégal et poursuiviSans objetSans objet
Profil adaptéBusiness local ou ancrage institutionnelTélétravailleurs, freelances étrangersOutil complémentaire dans une structure validée

Comment choisir : les bonnes questions à se poser

Avant de choisir une structure, la première question n’est pas « quelle est la solution la plus simple » mais « qu’est-ce que mon activité implique concrètement en Thaïlande ».

Si vous avez des clients en Thaïlande, un local commercial, des employés thaïlandais ou une activité qui génère du chiffre d’affaires sur le territoire, la Co., Ltd. est incontournable. La question n’est pas de savoir si vous en avez envie, mais si vous avez le choix de vous en passer.

Si votre activité est entièrement tournée vers des clients étrangers, que vous ne générez aucun revenu de source thaïlandaise et que vous souhaitez simplement résider en Thaïlande dans un cadre légal stable, le DTV est probablement l’outil le mieux adapté — à condition de respecter scrupuleusement ses limites et de prendre en compte les implications fiscales si votre séjour dépasse 180 jours.

Si on vous propose une LLC américaine comme solution pour « travailler en Thaïlande », la première question à poser est : qui sponsorise mon Work Permit ? Si la réponse est floue, la solution l’est aussi.

FAQ — Questions fréquentes

Puis-je travailler en Thaïlande avec un visa touristique ?

Non. Le visa touristique n’autorise aucune activité professionnelle sur le sol thaïlandais, qu’elle soit rémunérée ou non. Depuis novembre 2025, les autorités contrôlent activement les historiques de voyage et peuvent refuser l’entrée aux personnes effectuant plus de deux sorties de territoire par an dans un contexte de séjour prolongé.

Le visa DTV m’autorise-t-il à travailler pour des clients thaïlandais ?

Non. Le DTV exclut explicitement toute activité professionnelle pour des employeurs ou clients thaïlandais. Il autorise uniquement le travail à distance pour des entités étrangères. Dès qu’un client thaïlandais est impliqué, vous sortez du cadre légal du DTV.

Combien coûte la création d’une Co., Ltd. thaïlandaise ?

Les frais d’immatriculation auprès du DBD sont relativement modestes. Ce sont les coûts de maintenance qui représentent l’essentiel de la charge : comptable, auditeur, déclarations fiscales, sécurité sociale, et le capital de 2 millions de baht requis si vous souhaitez obtenir un Work Permit. Il faut également prévoir les honoraires d’un conseiller juridique pour la rédaction des statuts et la mise en place des accords entre actionnaires.

Puis-je être directeur de ma société thaïlandaise sans Work Permit ?

Non. Le fait d’être nommé directeur d’une société ne vous dispense pas de l’obligation de Work Permit pour exercer des fonctions dans cette société en Thaïlande. Le Work Permit est lié à l’exercice d’une activité professionnelle, pas au statut d’actionnaire ou au titre de directeur.

Qu’est-ce qu’un actionnaire nominee et pourquoi c’est risqué ?

Un actionnaire nominee est un ressortissant thaïlandais qui détient des parts dans une société pour le compte d’un étranger, sans avoir réellement investi de capital. Cette pratique est illégale en vertu de la Foreign Business Act. Les sanctions incluent la dissolution de la société, des poursuites pénales pour les deux parties, et l’expulsion de l’étranger concerné. Le DBD croise désormais les données de capital, de flux bancaires et de droits de vote pour identifier ces structures. Ceux qui ont utilisé des nominees ces dernières années ont subi des conséquences sérieuses depuis le renforcement de l’application en 2024-2025.

Une LLC américaine peut-elle sponsoriser mon Work Permit en Thaïlande ?

Non. Pour obtenir un Work Permit en Thaïlande, le sponsor doit être une société enregistrée en Thaïlande. Une LLC américaine, quelle que soit l’activité qu’elle exerce, ne peut pas remplir ce rôle. Si vous travaillez depuis la Thaïlande pour une LLC sans Work Permit valide, vous exercez une activité illégale au regard du droit thaïlandais.

Est-ce que je paie des impôts en Thaïlande si je travaille à distance pour l’étranger ?

Si vous séjournez 180 jours ou plus en Thaïlande au cours d’une année civile, vous êtes considéré comme résident fiscal thaïlandais. Depuis janvier 2024, les revenus étrangers que vous rapatriez en Thaïlande — par virement, retrait bancaire ou paiement par carte — sont potentiellement imposables selon un barème progressif de 5 à 35 %. La Thaïlande dispose de conventions fiscales avec plus de 60 pays, dont la France et la Belgique, qui peuvent limiter la double imposition, mais leur application est conditionnée à des justificatifs précis. Une consultation avec un fiscaliste maîtrisant les deux systèmes est fortement recommandée.

Qu’est-ce que la règle du rapatriement des revenus introduite en 2024 ?

Avant janvier 2024, les résidents fiscaux thaïlandais pouvaient rapatrier des revenus étrangers gagnés une année sans payer d’impôt thaïlandais, à condition de les transférer l’année suivante. Cette stratégie de différé était largement utilisée. L’instruction Por. 161/2566, applicable depuis le 1er janvier 2024, a fermé cette possibilité : tout revenu étranger rapatrié en Thaïlande par un résident fiscal est désormais imposable, quelle que soit l’année où il a été gagné. Les revenus gagnés avant le 1er janvier 2024 restent exemptés.

Le visa LTR offre-t-il des avantages fiscaux par rapport au DTV ?

Oui. Le visa LTR (Long-Term Resident), conçu pour des profils à revenus élevés, offre dans certaines catégories une exonération de l’impôt thaïlandais sur les revenus étrangers rapatriés en Thaïlande. C’est le seul visa qui offre explicitement cet avantage fiscal. Il cible cependant des profils avec des seuils de revenus ou de patrimoine élevés, qui le mettent hors de portée pour la majorité des entrepreneurs en début d’activité.

Puis-je créer une Co., Ltd. thaïlandaise sans venir en Thaïlande ?

Depuis 2026, la totalité du processus d’immatriculation se fait via la plateforme numérique DBD Biz Regist. Il est théoriquement possible de constituer une société à distance avec des signatures électroniques. En pratique, l’ouverture d’un compte bancaire professionnel et la mise en place des démarches liées au Work Permit requièrent une présence physique, et le recours à un conseiller local reste fortement recommandé pour ces étapes.

Quelle est la durée de validité du DTV et comment le renouveler ?

Le DTV est valable 5 ans à compter de sa date d’émission, avec des entrées multiples. Chaque entrée donne droit à un séjour de 180 jours, extensible une fois pour 180 jours supplémentaires auprès d’un bureau d’immigration local (frais : 1 900 baht). À l’expiration du visa, une nouvelle demande doit être déposée depuis l’extérieur de la Thaïlande. Le DTV n’est pas renouvelable depuis l’intérieur du pays.

Existe-t-il une solution pour un étranger qui veut 100 % du capital de sa société thaïlandaise ?

Oui, mais hors du périmètre de la Co., Ltd. classique. La détention à 100 % par un étranger est possible via une promotion BOI dans certains secteurs d’activité éligibles, via une Foreign Business License (délivrée par le DBD, sur critères stricts et sans garantie d’approbation), ou pour les ressortissants américains via le Treaty of Amity américano-thaïlandais. Ces options impliquent des exigences, des délais et des conditions spécifiques qui dépassent le cadre de la Co., Ltd. classique.

Comment savoir si mon activité en ligne est considérée comme exercée en Thaïlande ?

C’est l’une des questions les plus complexes dans ce domaine, et la réponse dépend des faits : où sont vos clients, où sont signés vos contrats, où se trouvent vos employés éventuels, d’où proviennent vos revenus, et quelle est la nature précise de vos prestations. Il n’existe pas de règle simple applicable à tous les cas. Cette question mérite une analyse avec un conseiller juridique maîtrisant à la fois le droit du travail thaïlandais et les règles fiscales applicables à votre situation personnelle et à celle de votre pays d’origine.

En résumé

Les trois structures que l’on vous présente souvent comme interchangeables ne le sont pas. La Co., Ltd. thaïlandaise est l’outil adapté à une activité locale réelle — c’est la seule voie légale pour travailler sur le territoire avec un Work Permit. Le DTV est une solution sérieuse pour les travailleurs à distance avec des clients exclusivement étrangers, dans un périmètre d’utilisation strict. La LLC américaine règle la question de la domiciliation commerciale dans certains cas spécifiques, mais elle ne résout en rien la question de votre statut légal en Thaïlande.

Le choix de la bonne structure dépend d’abord de la nature réelle de votre activité, pas de ce qui semble le plus simple ou le moins coûteux à court terme. Les zones grises que certains ont exploitées — nominees, DTV comme couverture pour une activité locale, LLC comme substitut au Work Permit — font l’objet d’un contrôle croissant des autorités thaïlandaises. La tolérance passée n’est pas une garantie pour l’avenir.

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